Découverte de l’impact du Pyriproxyfène sur l’augmentation de graves malformations chez les bébés nés au Brésil

Environmental Pollution via le Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN)
De Pieter Vancamp, Petra Spirhanzlova, Anthony Sébillot, Lucile Butruille, Jean-David Gothié, Sébastien Le Mével, Michelle Leemans, Karn Wejaphikul, Marcel Meima, Bilal B. Mughal, Pierre Roques, Sylvie Remaud, Jean-Baptiste Fini, Barbara A. Demeneix

07/23/2021

@Pixabay

En 2015, l’augmentation du nombre de bébés nés au Brésil avec une microcéphalie (petite tête et petit cerveau) a inquiété le monde entier. Cette grave malformation était associée à l’infection des femmes enceintes par le virus ZIKA, véhiculé par le moustique Aedes aegypti. Une étude de chercheurs de l’UMR PhyMA (Département Adaptation du Vivant – Muséum national d’Histoire naturelle et CNRS) parue dans la revue Environmental Pollution suggère que le Pyriproxyfène, un insecticide utilisé de manière intensive au Brésil, pourrait être un facteur majeur contribuant à l’augmentation de l’incidence de la microcéphalie.

Le Pyriproxyfène perturbe l’action des hormones thyroïdienne, qui contribuent à faire fonctionner le cerveau humain. Une carence grave en hormones thyroïdiennes pendant la grossesse était autrefois une cause fréquente de l’état pathologique de crétinisme, qui s’accompagnait de petits cerveaux et engendrait des handicaps mentaux chez les enfants.

Le rapport scientifique confirme que la perturbation de l’action des hormones thyroïdiennes, due à l’exposition au Pyriproxyfène, est impliquée dans la microcéphalie. L’insecticide dérèglerait des gènes impliqués dans la régulation de la génération des neurones et des cellules gliales, les éléments de base du cerveau. Le virus du ZIKA aggrave également les effets induits par l’insecticide sur le développement du cerveau. Les chercheurs démontrent donc que le Pyriproxyfène est un antagoniste actif des hormones thyroïdiennes, qui modifie le développement correct du cerveau.

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Communiqué de presse : PRÉSENTATION AU PARLEMENT EUROPÉEN DU RAPPORT SCIENTIFIQUE “ENDOCRINE DISRUPTORS, FROM SCIENTIFIC EVIDENCE TO HUMAN HEALTH PROTECTION”

Commandé par la commission des pétitions du Parlement européen, le rapport scientifique Endocrine Disruptors : from Scientific Evidence to Human Health Protection est présenté au Parlement européen le 2 avril par ses auteurs, Barbara Demeneix, professeure au Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN/CNRS), et Rémy Slama, directeur de recherche à l’INSERM.

Le rapport publié le 20 mars 2019, propose un état des lieux des connaissances scientifiques des effets sur la santé de l’exposition à des perturbateurs endocriniens, aborde les réglementations européennes actuelles et offre des propositions pour améliorer la réglementation et ainsi minimiser l’exposition à ces substances, qui est la finalité poursuivie en Europe.

Travail sous hotte © MNHN - A. Iatzoura

Travail sous hotte © MNHN – A. Iatzoura

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L’hormone thyroïdienne influence la régénération cardiaque

Les études sur la régénération du cœur chez plusieurs modèles (mammifères, poissons téléostéens, amphibiens) suggèrent que l’ensemble des vertébrés possède cette capacité mais que celle-ci disparaît au cours du développement post-embryonnaire chez certaines espèces. Ainsi, si elle est conservée tout au long de la vie chez le poisson zèbre, cette capacité est perdue chez la souris après la première semaine post-natale, une période physiologiquement similaire à la métamorphose – qui dépend de l’hormone thyroïdienne – chez les amphibiens anoures. Notre équipe a ainsi décidé d’explorer pour la première fois l’influence de l’hormone thyroïdienne sur le processus de régénération cardiaque chez le crapaud Xenopus laevis.

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Têtard de Xenopus laevis © MNHN – L. Coen

RÉFÉRENCE

Stage-dependent cardiac regeneration in Xenopus is regulated by thyroid hormone availability. Lindsey N. Marshall, Céline J. Vivien, Fabrice Girardot, Louise Péricard, Pierluigi Scerbo, Karima Palmier, Barbara A. Demeneix, Laurent Coen. PNAS. Février 2019.

New publication in Scientific Reports

DrapeauUK  We are all exposed on a daily basis to a complex mixture of chemicals present in numerous daily products. Our team made a mixture of 15 most common chemicals at concentrations found in human amniotic fluid. We tested the effect of a short exposure (3 days) to the mixture on frog embryonic tadpoles (Xenopus laevis). Not only did the mixture affect thyroid hormone signaling, which is essential for normal brain development in all vertebrates, but also altered brain gene expression, reduced neuron volume and inhibited tadpole movement. As thyroid hormone is exactly the same in frogs and humans, these findings suggest that exposure to common chemicals can adversely affect brain development in unborn children.

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DrapeauFR  Nous sommes tous exposés quotidiennement à des mélanges de produits chimiques présents dans de nombreux produits de la vie courante. Notre équipe a réalisé un mélange de 15 produits chimiques à des concentrations trouvées dans le liquide amniotique humain. Ce mélange a été testé sur des embryons de grenouilles (Xenopus laevis). Une courte exposition (3 jours) au mélange a affecté le fonctionnement des hormones thyroïdiennes, essentielles au bon développement du cerveau chez les vertébrés, mais a également modifié l’expression de plusieurs gènes du cerveau, réduit le volume des neurones et inhibé le mouvement des têtards. Les hormones thyroïdiennes étant exactement les mêmes chez les grenouilles et les humains, les résultats de cette étude suggèrent que l’exposition à ces produits chimiques courants peut nuire au développement du cerveau des fœtus.

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CaptureEmbryonic xenopus brains (1 week post fertilization), treated (B) or untreated (A) with the mixture of 15 chemicals. The mixture exposure results in a reduction of neuron number and volume, marked in red (in green: oligodendrocytes).
Cerveaux d’embryons de xénope (1 semaine post-fécondation), traités (B) ou non (A) avec le mélange de 15 produits chimiques. Le traitement a provoqué une diminution du volume des neurones, marqués en rouge (en vert: les oligodendrocytes). © Bilal Mughal

Fini J.B., Mughal B.B., Le Mével S., Leemans M., Lettmann M., Spirhanzlova P., Affaticati P., Jenett A., Demeneix B.A. Human amniotic fluid contaminants alter thyroid hormone signalling and early brain development in Xenopus embryos. Scientific Reports. 7, 43786 ; doi: 10.1038/srep43786 (2017).